Japonais volcaniques à l’affiche dans la capitale… ou Hiroshige, l’art du voyage

Près de deux mois sans publication… Et pourtant toute une moisson d’événements plus volcaniques les uns que les autres dont l’un qui nous tient, Daniel et moi, tout particulièrement à coeur et dont nous dévoilerons la teneur dans très peu de temps.

Mais commençons par deux belles manifestations qui se tiennent actuellement à Paris et mettent à l’honneur deux Japonais du 18ème siècle ayant laissé à la postérité des oeuvres d’une sublime grâce dans lesquelles ils célèbrent le Fujisan, volcan sacré du pays du soleil levant.

La première se tient jusqu’au 17 mars 2013 place de la Madeleine, à la Pinacothèque 1, Utagawa Hiroshige (1797-1858) initie à l’art du voyage (1) en entraînant le spectateur sur deux trajets mythiques qui faisaient emprunter les deux routes reliant Edo à Kyoto.

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© Pinacothèque 1

Il y a la route côtière du sud dite Tōkaidō et la route du nord passant par la montagne dite Kisokaidō. En se posant dans chacun des villages de ces deux routes, une cinquantaine par trajet, les estampes très colorées(2) de Hiroshige donnent une représentation rêvée de ce Japon imaginaire et ancestral. Mais c’est aussi à un voyage intérieur que nous convie l’artiste.

Le mont Fuji figure sur certaines de ces estampes mais il n’en est pas nécessairement le sujet central comme c’est le cas sur celle reproduite ci-dessous où il apparaît discrètement à l’horizon sur la gauche, en partie dissimulé par les pins. Et c’est aussi cela qui stimule encore davantage l’imagination des volcanophiles que nous sommes : le volcan deviné, encore insaisissable dans ce « monde flottant » figé par le peintre dans son mouvement incessant.

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Utagawa Hiroshige, Voyageurs à cheval sur la route de Yoshiwara avec le mont Fuji sur la gauche / Série des Cinquante-trois étapes du Tōkaidō, 1833-1834, nishiki-e (estampe à partir d’une gravure colorée), dim. max. 23,9 x 35,8 cm.1833-1834,
© Museum Volkenkunde, Leiden

En d’autres occasions, le majestueux Géant de 3 776 mètres d’altitude sort carrément du cadre de l’estampe et se retrouve même un peu caché par le mont Ashitaka (1 504 m). Des grues se sont posées dans la rizière en contrebas et d’autres arrivent, annonçant l’automne.

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Utagawa Hiroshige, Mont Fuji au matin à Hara / Série des Cinquante-trois étapes du Tōkaidō, 1833-1834, nishiki-e (estampe à partir d’une gravure colorée), dim. max. 25,6 x 38,1 cm
© Museum Volkenkunde, Leiden

Dans la « Série des Cent vues célèbres d’Edo », la parfaite plastique du mont Fuji semble flotter, comme en apesanteur, au-dessus de la mer de nuages qui sépare deux mondes bien distincts : celui des dieux et celui des hommes.

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Utagawa Hiroshige, Vue plongeante sur la rue Suruga avec la boutique Echigoya / Série des Cent vues célèbres d’Edo, cycle du printemps, 1859, nishiki-e (estampe à partir d’une gravure colorée), dim. max. 36,2 x 23,9 cm
© Museum Volkenkunde, Leiden

Plusieurs estampes évoquent aussi les imitations du mont Fuji que l’on prit l’habitude de construire ici et là au Japon afin de permettre aux personnes âgées et aux femmes de gravir la montagne sacrée rendue beaucoup plus accessible grâce à cette illusion.

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Utagawa Hiroshige, Personnages près du nouveau mont Fuji – une imitation – érigé à Meguro en 1819 / Série des Cent vues célèbres d’Edo, cycle du printemps, 1857, nishiki-e (estampe à partir d’une gravure colorée), dim. max. 36 x 24,7 cm
© Museum Volkenkunde, Leiden

Autant dire que cette exposition parisienne donne l’occasion de s’offrir, à bon compte, un voyage dans le temps et dans l’espace : le Japon au 18ème siècle avec de superbes échappées sur le vénéré Fuji San sous lequel la pression du magma, particulièrement élevée ces temps-ci, ferait craindre un éventuel réveil toujours possible. La dernière éruption date seulement de 1707…

En restant toujours sur la rive droite de la Seine, on peut continuer ce voyage magnifique en passant de la place de la Madeleine à celle d’Iéna pour aller à la rencontre d’Hokusai, un autre grand maître de la peinture japonaise.

A suivre dans la prochaine note…

(1) L’exposition « Van Gogh, rêves de Japon » est présentée simultanément à la Pinacothèque 2 (Billet couplé).

(2) « Hiroshige est l’un des derniers maîtres dans la tradition de l’ukiyo-e. Il a porté ce genre, le plus remarquable de la prospère période d’Edo, jusqu’à un niveau inégalé. L’ukiyo-e, littéralement « images du monde flottant » désigne le style d’estampes très coloré propre à l’époque d’Edo. Il est question d’y représenter la nature aux quatre saisons, le passage du temps, mais aussi la vie de la cité dans l’excès des sensations qu’elle offre aux corps ». (extrait de l’article de présentation sur le site de la Pinacothèque)

4 commentaires

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4 Responses to Japonais volcaniques à l’affiche dans la capitale… ou Hiroshige, l’art du voyage

  1. Enfin de retour ! :-) avec encore un angle inattendu, bravo pour la présentation et vivement la suite des aventures -)

  2. c’est formidable d’être chez soi et de regarder cette belle exposition qui est presentée à paris.merci de nous en faire profiter.

  3. Content de te retrouver tout au moins sur le web … disparition inquiétante des membres de LAVE-Belgique cette année : aux dernières nouvelles, on aurait retrouvé Robin à Mexico et Thierry à La Réunion ! Enquête en cours sur les autres disparus …

    Merci pour ces estampes peu connus du Fuji et de ses imitations.
    Amicalement
    Bernard

  4. Merci à Moni, Mathieu et Bernard pour leur visite ! Contents de savoir que vous êtes toujours fidèles.
    Message pour Bernard : impossible de te joindre sur ta messagerie personnelle. Peux-tu nous dire si ton adresse est toujours la même ?
    Amitié,
    S&D

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