16 novembre 2008

Couleurs des feuilles des arbres...

Dans le numéro de novembre 2008 de National Geographic (France)(1), je viens de lire un article qui a particulièrement retenu mon attention en cette période où les arbres au feuillage caduc se sont déjà bien débarrassés de leurs atours et ont laissé tomber leurs feuilles sur le sol. Acte de négligence ? Cruelle volonté de nous porter un coup au moral ? Non, bien sûr !... Et, en plus, il faut voir le bon côté des choses : en se dépouillant de leur parure magnifique, les arbres nous font le cadeau de merveilles graphiques qui se détachent en noir, gris et brun foncé sur la toile souvent pâlotte du ciel…

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© SD Chéreau (novembre 2008)

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© SD Chéreau (novembre 2008)

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© SD Chéreau (novembre 2008)

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© SD Chéreau (novembre 2008)

Auparavant, dans un élan bienveillant et généreux où l'on peut même voir une pointe de compassion, ils nous offrent un festival de couleurs que l’on conserve précieusement dans nos mémoires jusqu’au printemps suivant.
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Roches Tuilière et Sanadoire, Puy de Dôme, octobre 2008, © SD Chéreau

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Au Pays basque, près de Cambo-les-bains, novembre 2008, © SD Chéreau

Dans son numéro de novembre, National Geographic (France) publie donc un bref mais très intéressant article de Marc Silver intitulé "la théorie des couleurs" dans lequel il traite de l’influence éventuelle du changement climatique sur la coloration de la végétation. Les scientifiques n’en sont, pour le moment, pas tout à fait certains car comparer l’intensité chromatique d’une année à l’autre n'est pas facile. Aussi traquent-ils tous les indices en surveillant les teintes automnales au moyen de webcams posées près des arbres. Jusqu’à présent, ce qui est certain c’est que la hausse des températures a retardé le début de l’explosion colorée de l’automne de quelques jours. Les conclusions pour 2008 n’ont pas encore été rendues mais en tant que simple amoureux et observateur de la nature, on sait bien que les conditions météorologiques agissent sur l’évolution des teintes des feuilles. « La sécheresse peut entraîner un brunissement et une chute prématurée des feuilles ; la couverture nuageuse peut ralentir la formation des pigments rouges. Sur le long terme, continue Marc Silver, un radoucissement général serait mauvais pour les érables, hauts en couleur et amateurs de froid : les plus anciens tiendraient bon, mais les plants et les jeunes arbres ne pourraient pas se développer.»

Mais comment le processus du changement de couleurs des feuilles en automne s'explique-t-il ?...J'imagine très bien une ribambelle de charmants lutins, équipés de pinceaux et de lourds pots de peinture sautillant d'une feuille à l'autre en flanquant de grands aplats de couleurs. Certains, un peu fatigués à la fin de l'été par le dur labeur des mois qui viennent de s'écouler, manquent un jour, inévitablement, leur objectif et barbouillent leurs collègues dangereusement collés trop près d'eux, ce qui provoque une belle pagaille dans les feuillages au début de l'automne. Vert, rouge, jaune, brun, orange, marron,... se répandent dans un joyeux désordre et transforme forêts et jardins en sublimes toiles impressionnistes.
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Kaiserstuhl, Allemagne, octobre 2008, © SD Chéreau


Daniel, qui vient de lire ce qui précède, m'affirme que ce n'est pas du tout comme cela que les choses se passent. L'article du très sérieux National Geographic tend à lui donner raison mais son auteur ne répond pas, malgré tout, à la question de l'origine des couleurs des feuilles... Alors ?...

Et bien, après quelques recherches, j'apprends que les feuilles pratiquent, dans leur grande sagesse, ce qu'il est convenu d'appeler la photosynthèse... Si l'on appelle les Grecs (anciens) à la rescousse, on comprend aisément qu'il s'agit de la composition (sunthesis) à partir de la lumière (phôs, phôtos). Autrement dit, la capacité d'un organisme vivant, ici une feuille, à produire des sucres à partir de l'eau puisée par les racines de l'arbre et du gaz carbonique de l'air absorbé par les feuilles qu'il peut fixer grâce à la chlorophylle, en employant comme source d'énergie la lumière du soleil. La photosynthèse ne peut donc avoir lieu qu'en présence de lumière. La nuit, les plantes consomment de l'oxygène et rejettent du dioxyde de carbone, comme des humains ordinaires...
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Dordogne, mai 2006, © SD Chéreau

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Dordogne, mai 2006, © SD Chéreau

Tout cela pour dire qu'à la belle saison, quand les journées sont longues et que les nuits sont douces, la chlorophylle va s'en donner à coeur joie. Or, pour elle, la longueur d'onde la moins absorbée est le vert, c'est donc cette couleur qui est perçue. Et c'est le vert qui l'emporte sur toutes les autres couleurs, masquant celles de tout autre pigment qui pourrait être présent dans la feuille.
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Dordogne, mai 2006, © SD Chéreau

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Dordogne, mai 2006, © SD Chéreau

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Puy de Dôme, mai 2006, © SD Chéreau

Peu à peu, la durée du jour diminuant, la chlorophylle va se décomposer dans les feuilles qui vieillissent et les autres pigments qui étaient présents dans les cellules durant toute la vie de la feuille commencent à apparaître. Ce sont les caroténoïdes qui entrent dans le jeu et produisent le jaune, le brun, ou encore, l'orange.
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Kaiserstuhl, Allemagne, octobre 2008, © SD Chéreau (novembre 2008)

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Kaiserstuhl, Allemagne, octobre 2008, © SD Chéreau (novembre 2008)

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Kaiserstuhl, Allemagne, octobre 2008, © SD Chéreau (novembre 2008)


Et le rouge flamboyant ? Il provient d'une autre famille de pigments appelés anthocyanes(2). À la différence des caroténoïdes, ces pigments ne sont généralement pas présents dans la feuille au cours de la période de croissance mais se montrent quand la photosynthèse s'est arrêtée et que la chlorophylle a disparu. Ces molécules apparaissent à la fin de l'été et apportent une jolie incandescence finale dans les forêts, les jardins et les parcs...
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Sendets, Pyrénées-Atlantiques, novembre 2008, © SD Chéreau

... et les tableaux des peintres.
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© Christelle Graça Da Silva


(1) National Geographic (France) en vente dans tous les kiosques... : sommaire du numéro de septembre 2008.
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(2) Les anthocyanes ou anthocyanines (du grec anthos = fleur, kuanos = bleu sombre) sont des pigments naturels solubles dans l'eau allant du rouge au bleu dans le spectre visible. Ils sont présents dans un certain nombre de végétaux comme les myrtilles, les mûres, le raisin noir, l'aubergine, les prunes,.. Ils donnent leur couleur aussi bien aux feuilles d'automne qu'aux fruits rouges.
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Feuilles du jardin, novembre 2008, © SD Chéreau

Commentaires

Je reste ébaubi devant tant d'érudition ...
Même pour les durs de la feuille, ce texte haut en couleur ne manque pas de charme. beau bouleau !!!

Ecrit par : Patriiiick | 15 novembre 2008

J'en rougis comme une feuille d'érable gorgée d'anthocyanes :">

Ecrit par : Sylvie Chéreau | 16 novembre 2008

Bonjour Daniel, Bonjour Sylvie

Incroyable, en faisant une recherche pour mon petit-fils, je tombe sur votre blog que je trouve très bien fait.

Bravo, c'est un beau travail.

Au plaisir d'avoir de vos nouvelles.

Jean-Pierre

Ecrit par : MASY Jean-Pierre | 02 novembre 2009

Salut à vous

Votre blog est très bien fait et apport juste ce qu'il faut d'informations afin de comprendre le changement de couleur des feuilles en automne.

Merci!!!^^

Ecrit par : Mohamed | 09 mars 2012

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