23 novembre 2008

Le drap de soie du temps

Voilà un moment déjà que je voulais évoquer un roman qui parle d’amour, de sensualité, de trahison, du présent et d’un passé mythique, de la mer et d'éruptions volcaniques cataclysmiques.

Je le fais dans cette note qui inaugure une nouvelle rubrique,
« Les volcans en font toute une histoire » qui contiendra les belles rencontres littéraires déjà faites et qui s’enrichira au fur et à mesure de toutes celles à venir. Elle peut aussi accueillir vos propres découvertes ou, en tout cas, vous inviter à nous faire part de vos idées de lecture, toujours bienvenues.

C’est donc avec le roman d’Anna Galore (1) Le drap de soie du temps, que je commence cette série d’articles qui rassemblera aussi bien fictions qu'histoires vécues, témoignages ou documentaires.

Pour ne pas gâcher le plaisir, plutôt qu’un résumé imparfait, je préfère vous donner à lire les premières lignes du roman d'Anna qui m’ont immédiatement accrochée et donné envie de poursuivre le voyage…

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Femme (2), © The Thera Foundation



" Le carcharodon mégalodon donna un nouveau coup de queue paresseux, frôlant le fond rocheux en glissant sans effort malgré ses soixante tonnes de chair, de cartilages et de muscles. (…)
D’autres mouvements plus rapprochés se produisirent alors, à la fois devant et derrière lui. Encore plus intenses mais tout aussi insaisissables. Comment était-ce possible ?
Soudain, il comprit. Les variations de pression qu’il captait n’étaient pas provoquées par une créature pélagique. Ni même plusieurs.
Elles venaient du sol, juste en dessous de lui.
De plus en plus nombreuses, les vibrations finirent par produire un trémor permanent.
La fine couche de vase déposée sur le fond s’éleva sur plusieurs mètres de haut, créant un nuage diffus de particules microscopiques qui troublait toutes ses perceptions. Tout aussi surprenant, la température de l’eau augmenta de façon sensible.
Dans le cerveau du mégalodon naquit un sentiment jusqu’alors totalement inconnu de lui.
La peur.
Aussi loin qu’il pouvait le percevoir, tout vibrait désormais partout autour de lui, à des kilomètres à la ronde, dans un grondement de plus en plus intense. Quelque chose de monstrueux et de démesuré s’approchait de lui par-dessous. En une réaction de survie instinctive et désespérée, il banda tous ses muscles pour s’éloigner le plus vite possible. Sa seule chance était de s’enfuir à la verticale. Il eut à peine le temps de donner deux coups de queue (…) "


L‘infortuné mégalodon, au demeurant redoutable prédateur qui peuplait les océans il y a plusieurs millions d’années et dont la race se serait éteinte (3), venait d’assister en direct aux premières contractions d’un monstrueux accouchement qui allait laisser jaillir des flots ce qui deviendrait un jour l’île de Santorin !...

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La caldeira de Santorin, © SD Chéreau (avril 2007)



« La chambre magmatique qui s’était formée à quelques dizaines de mètres sous la croûte rocheuse se déforma sous la poussée des gaz brûlants. Soudain, la lave se fraya un chemin à travers une myriade de craquelures et explosa violemment au contact de l’eau froide.
La surpression fit imploser instantanément les vaisseaux sanguins et les organes internes du mégalodon. Il eut la chance de mourir sur le coup, avant même d’avoir pu réaliser ce qui se passait. Une fraction de seconde plus tard, un front d’eau vaporisée ébouillanta sa peau. Il précédait de peu la lave qui l’engloutit juste ensuite, pulvérisant littéralement son corps comme une simple brindille au milieu d’un feu de forêt. Un flot colossal de magma jaillit vers la surface. Une épaisse fumée noire monta jusqu’à la stratosphère. Les plus hautes particules se satellisèrent à jamais, avec parmi elles quelques atomes du mégalodon. Des milliers de blocs en fusion jaillirent, volant dans tous les sens avant de retomber dans les flots bouillonnants. »


Mais le mégalodon a-t-il vraiment cessé de hanter les abysses ?... Peut-être qu’
« au fond du cratère englouti, à l’insu des humains indifférents qui peuplent les crêtes abruptes et sillonnent la caldeira en toute insouciance, les mégalodons en maraude passent encore parfois au fond du bleu.
Ils seront les premiers à entendre les craquements du monstre qui s’éveille. »


De même le passé, fût-il mythique, est-il à jamais enfoui sous les innombrables strates des dépôts volcaniques ? N'est-il pas en constante résonance avec nos propres histoires ?...

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Strates colorées, © SD Chéreau (avril 2007)



Des millions d’années plus tard, de nos jours, deux hommes et une femme se retrouvent sur Santorin, à Oia, face au Nea Kameni (4), volcan qui s’est formé au milieu de la caldeira. Les jeux de l’amour s’accordant parfaitement aux souvenirs des débordements volcaniques, ils vont vivre une aventure étrange et très intense avec, en filigrane, le mythe de l’Atlantide.

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Nea Kameni au soleil couchant, © SD Chéreau (avril 2007)


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Laves noires du Nea Kameni, © SD Chéreau (avril 2007)



Anna Galore a été initiée très jeune à la plongée sous-marine, nous dit sa biographie. Les scènes qui se déroulent dans les profondeurs marines au large d’Akrotiri dégagent un parfum de vécu qui donnent encore plus de force à cette histoire... troublante et explosive !

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Au large du Nea Kameni, © SD Chéreau (avril 2007)



(1) Anna Galore, ses romans gratuits sont accessibles ici.

(2) Fresque appartenant à "La Maison des Femmes" (site d'Akrotiri).

(3) A propos de l'extinction du mégalodon (sorte de grand requin blanc en beaucoup plus monstrueux encore) ou de sa possible survie, les avis des spécialistes divergent. Des récits aux quatre coins du monde laisseraient penser qu'il pourrait avoir survécu...

(4) Le complexe d'îles qui constituent Santorin représente ce qui est resté après la dernière grande éruption du volcan, il y a environ 3600 ans. Cette éruption a eu lieu à l'époque de l'apogée d'une société créatrice d'une civilisation brillante. Depuis la roche en fusion a jailli à plusieurs reprises. Le Nea Kameni (en grec, "Nouveau Brûlé") est apparu entre 1707 et 1711 au centre de la caldeira.

Commentaires

Très bonne idée que cette nouvelle rubrique, « Les volcans en font toute une histoire ».

De très belles photos qui illustrent à merveille cette note de lecture du "Drap de soie", livre dont j'ai bien apprécié la lecture.

Bravo à toutes !

anti

Ecrit par : anti | 23 novembre 2008

Petit mystère: j'avais mis un mot de remerciement pour Sylvie ce matin mais il a disparu dans les méandres d'internet ! Bon, je vais tenter de le reconstituer :-)

MERCI Sylvie pour ces très beaux commentaires sur mon roman. Je suis vraiment ravie que le livre t'ait plu et aussi, bien sûr, que tu aies apprécié les passages qui concernent les éruptions et ce qui les entoure.

Pour la plongée, tu as raison, les détails que je donne s'inspirent directement de mes plongées réelles, même si je n'en ai faite qu'une dans la caldeira de Santorin (au niveau d'Akrotiri). On est descendus par une quarantaine de mètres de fond et on a longé le tombant qui s'enfonçait de plusieurs centaines de mètres sous nos pieds, très impressionnant!

Par contre, je n'ai jamais fait de plongée de grande profondeur comme celle qui est décrite à un moment du récit. J'en dois les détails techniques à un ami plus experimenté que moi et à quelques sites web spécialisés.

Encore merci pour cette note, dont j'ajoute le lien aussi bien sur mno blog que sur mon site web (en page d'accueil, au niveau de la présentation du "Drap de soie").

Amitiés

Ecrit par : Anna Galore | 23 novembre 2008

Merci Sylvie pour cette très belle note sur mon livre.

Au-delà du plaisir de voir que tu as aimé le livre, je suis, bien entendu, enchantée de lire que les aspects liés aux épisodes éruptifs et à la géologie de l'île reçoivent l'aval de spécialistes tels que vous.

Pour la plongée, j'ai effectivement puisé dans mon expérience de ce loisir passionnant pour alimenter les descriptions que je fais dans le roman, même si je n'ai plongé qu'une seule fois dans la caldeira jusqu'à une profondeur d'une quarantaine de mètres.

Je n'ai par contre jamais fait de plongée en très grande profondeur (au delà de 60 mètres) avec le matériel spécial que je décris. Un ami plus experimenté m'en a donné les principaux détails techniques, complétés par quelques sites web spécialisés.

Encore merci pour ta note !

Amitiés

Ecrit par : Anna Galore | 24 novembre 2008

Ben voilà: deux commentaires pour le prix d'un :-)

Ecrit par : Anna Galore | 24 novembre 2008

Et bien doublement merci...

Ecrit par : Sylvie Chéreau | 24 novembre 2008

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