01 décembre 2008

La Soufrière de Montserrat : un volcan des Antilles (Petites histoires entre volcans... (scorie 6.3)

Chapitre III


Après Jack Boy Hill et les visions nocturnes sur le volcan et Blackburne airport et ses sentinelles immobiles, nous allons rendre visite aux scientifiques de l'Observatoire. Le M.V.O. (Montserrat Volcano Observatory) (1) a été créé aussitôt après la première éruption phréatique du volcan Soufrière Hills le 18 juillet 1995. Il s'est d’abord composé de scientifiques de différentes organisations travaillant avec le personnel local. Depuis le 1er avril 2008, l'Observatoire est géré par un partenariat impliquant le Centre de Recherche Sismique (S.R.C.) (2) de l'Université des Antilles, la Trinité et Tobago et l'Institut du Physique du Globe de Paris.

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© SD Chéreau (octobre 2006)


Depuis sa création, différents bâtiments ont abrité le M.V.O. mais, depuis janvier 2003, il se trouve à Flemings à 6 km au nord-ouest du volcan.

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© SD Chéreau (octobre 2006)


Pour accéder à l'Observatoire, il faut emprunter une petite route qui grimpe au milieu d'une végétation exubérante jusqu'à une hauteur d'où l'on surplombe la mer (côté ouest de l'île).

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© SD Chéreau (octobre 2006)


Nous atteignons le parking du M.V.O. d'où l'on a, par temps clair, une vue magnifique sur le volcan. Quand nous l'avons visité, des nuages abondants mêlés à la cendre et au gaz cachaient le sommet.

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© SD Chéreau (octobre 2006)


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© SD Chéreau (octobre 2006)


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© SD Chéreau (octobre 2006)


La vue est cependant suffisante pour voir les différentes zones du volcan.

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Indiqué en jaune peu lisible : "Le dôme de lave", © M.V.O.


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© SD Chéreau (octobre 2006)


Le rôle du M.V.O. est de fournir aux autorités de l'île de Montserrat un avis impartial sur l'activité volcanique et les risques associés. Pour cela, le personnel de l'Observatoire exerce une surveillance constante de la Soufrière et diffuse des rapports réguliers auprès du gouverneur de Montserrat et de son gouvernement, établissant un niveau d'alerte sur une échelle de 0 à 5.

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Niveau d'alerte 3 pendant notre séjour, © SD Chéreau (octobre 2006)


Le M.V.O. informe également les habitants eux-mêmes par le biais de la radio locale et contribue à l’éducation de la population au sujet des risques volcaniques.

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© SD Chéreau (octobre 2006)


Nous avons donc rendez-vous ce jour-là avec Vicky, la directrice (3) qui va nous présenter, avec beaucoup de gentillesse, l'histoire de la Soufrière, les différentes phases de son éruption depuis 1995 et les techniques de surveillance mises en oeuvre par l'Observatoire.

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Vicky Hards, la directrice du M.V.O. en octobre 2006, © SD Chéreau


Sans manifestation historique, le volcan Soufrière Hills était considéré comme éteint. Il n'était en fait qu'en sommeil comme tendaient à le prouver l'existence persistante de sources chaudes et plusieurs épisodes sismiques, notamment dans les années 1890, 1930 et 1960, accompagnés d'émanations de fumerolles encore plus importantes sur les flancs du volcan. Ces crises ont été interprétées comme des remontées de magma ne parvenant pas à atteindre la surface.

Le volcan s'est violemment rappelé aux souvenirs des habitants de Montserrat le 18 juillet 1995, après plus de deux années de secousses sismiques. L'éruption débuta au fond de English's Crater, cratère actif de l'édifice, par de puissantes manifestations phréatiques (4), avec projection de cendres et de vapeur.


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© M.V.O.


Un peu plus tard, la lave arriva en surface et commença à édifier un nouveau dôme de lave andésitique. De puissantes explosions donnèrent lieu à de multiples écoulements pyroclastiques. En août 1995, une éruption encore beaucoup plus forte recouvrit Plymouth, la capitale de l'île, d'un épais nuage de cendre et la plongea dans une obscurité totale pendant environ quinze minutes. Peu de temps après, la première évacuation du sud de Montserrat commença.

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Pyroclastic flow entering the ocean, Montserrat 1996, © S.R.C.(3)


Un paroxysme particulièrement important eut lieu en août 1997 lorsque, après deux ans de croissance, le dôme devint plus haut que les remparts d'English's Crater. Le poids du dôme fit céder le rempart d'English's Crater en direction de Plymouth, déjà partiellement évacuée depuis le début de la crise. Cet effondrement donna lieu à une puissante explosion accompagnée d'une avalanche de débris. La coulée pyroclastique qui se forma alors détruisit la ville et il y eut une vingtaine de morts.

Du 22 septembre au 21 octobre 1997, une seconde série d'explosions s'est produite avec des intervalles d'environ 10 heures. En tout, 76 explosions avec des nuages de cendre qui ont été envoyés jusqu'à 12.000 mètres d'altitude avec des retombées de pierre ponce sur toute l'île.


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Explosion du 1er octobre 1997, © M.V.O.


De nouvelles phases violentes se produisirent les années suivantes avec une succession de plusieurs dômes se formant puis s'écroulant. L'altitude de la Soufrière Hills était en octobre 2006 de 946 mètres. La chambre magmatique était, selon les estimations des scientifiques, entre 5 et 7 km en prenant pour base le niveau de la mer.

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Un nouveau dôme croît à l'intérieur du catère, fin 1999, © M.V.O.


Pour suivre l'activité du volcan, le M.V.O. a à sa disposition des séismomètres implantés autour de la Soufrière et sur ses flancs : ils mesurent la force et la fréquence des séismes en temps réel 24 h/24 et sont reliés à un système d'alarme qui permet de prévenir les autorités en cas de crise imminente. Un GPS (Global Positioning System) relié à une batterie de satellites contrôle la déformation du sol.

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Emplacement des différents instruments de mesures, © M.V.O.


Les émissions de gaz (notamment dioxyde de soufre et acide chlorhydrique) sont vérifiées en permanence. De 1995 à 2005, la moyenne des émissions de SO2 lors des éruptions a été d'environ 500 tonnes par jour, les pics d'émission étant associés au paroxysme de croissance et d'écroulement du dôme. Le pH de l'eau de pluie est également surveillé : il a atteint une valeur de 2 et explique notamment la corrosion très rapide de tout ce qui était en métal dans la partie sud de l'île. A toutes ces mesures instrumentales s'ajoute l'observation simplement visuelle.

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Un membre du personnel du M.V.O. fait des relevés laser du dôme
depuis Galways Mountain, juin 2007, © M.V.O.


Soufrière Hills est donc un volcan particulièrement bien surveillé... mais qui a causé des dégâts immenses et chassé une grande partie de la population vers d'autres îles des Caraïbes ou vers l'Angleterre.

A suivre dans le chapitre IV...
Découverte de la Belham River et de l'ancien golf.


(1) Site du M.V.O.

(2) The University of the West Indies / Seismic Research Centre : S.R.C.

(3) La directrice de l'Observatoire était en octobre 2006 Vicky Hards.

(4) Une éruption phréatomagmatique : rencontre entre le magma ascendant et de l’eau superficielle.

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