03 juillet 2009
Le Jardin de Mercure au sommet du Puy de Dôme
Je viens de terminer la lecture du roman de Jean Anglade (1), Le Jardin de Mercure, que Monique et Bernard, des amis auvergnats, nous ont offert récemment.
J'ai lu avec plaisir ce livre publié en 1992 qui fleure bon le volcanique terroir auvergnat ! La narratrice, "Irène Seguin, née Monnier, nonagénaire née le 16 avril 1885", évoque sa vie et surtout ses années de jeunesse qu'elle a passées, de façon assez originale, au sommet du Puy de Dôme (1 465 mètres), son père Hugues étant alors le gardien de la station météorologique.
Cette fiction sur toile de fond historique fait défiler les personnalités de l'époque - les frères Michelin, évidemment, mais aussi Georges Clémenceau, Paul Deschanel, le Prince de Galles, futur roi Edouard VII, Paul Bourget, Maurice Barrès,... - qui ont fait l'ascension dans le train à vapeur dont je reparlerai plus loin.
C'est donc l'occasion de rappeler ici quelques-uns des événements qui ont contribué à la renommée de ce volcan qui donne son nom à un département français (le Puy-de-Dôme... mais avec des tirets) et qui est un phare pour tous les amoureux de la région des puys, quand venant d'un des quatre points cardinaux, ils sont à l'approche de Clermont-Ferrand et hument déjà le parfum des volcans porté par l'air vif qui est passé sur leurs bouches aujourd'hui scellées.
Ce n'est qu'en 1751 que Jean-Etienne Guéttard, savant naturaliste parisien, émet l'idée que cette drôle de montagne pourrait bien être un volcan. Il se fonde sur l'observation des roches trouvées sur le Puy de Dôme et qu'ils rapprochent de celles vues sur le Vésuve.
Il faut attendre l'éruption de la Montagne Pelée à la Martinique le 8 mai 1902 pour que la formation du Puy de Dôme soit mieux comprise.
En 1648, Blaise Pascal, Auvergnat né à Clermont-Ferrand, l'auteur des "Pensées"...
... réalise, par l'intermédiaire de son beau-frère Florin Périer, une expérience au sommet du Puy de Dôme (3) pour démontrer que la pression atmosphérique varie en fonction de l’altitude : effectivement, le niveau du mercure dans la colonne du baromètre baisse au fur et à mesure que l’altitude s’accroît. Le "Pascal" est d'ailleurs devenu une unité de mesure dont on entend souvent parler dans le "bulletin de météo marine" avec le fameux "hectopascal".
Près de deux siècles plus tard, en 1872, lors de la construction de l'observatoire de météorologie, ce sont les vestiges d'un temple dédié au dieu Mercure Dumias (Ier ou IIe siècle) qui sont mis à jour.
Les objets découverts au cours des différentes campagnes de fouilles sont visibles au Musée Bargoin à Clermont-Ferrand.
Ralentie par ces fouilles, la construction du premier observatoire météorologique de montagne du monde dura trois ans. Et ce n'est donc qu'à l'été 1876 que fut inauguré ce laboratoire, pionnier dans le domaine. Emile Alluard, professeur de physique à la faculté de Clermont-Ferrand, est à l'origine de cette réalisation. On se demanda tout de même qui accepterait d'aller vivre ainsi à 1 465 mètres d'altitude, loin de la "civilisation"... Il faut dire, qu'à cette époque, le sommet, souvent isolé pendant plusieurs semaines en hiver, n'était accessible qu'à pied ou à dos de mules et par deux chemins.
Le "chemin des Muletiers", qui part du col de Ceyssat, est aujourd'hui un sentier emprunté par les randonneurs qui désirent grimper au sommet du volcan autrement qu'en voiture.
A partir de 1907, un train à vapeur permit de faire l'ascension sans fatigue depuis la place Lamartine à Clermont-Ferrand jusqu'au sommet du puy. C'est l'ingénieur Jean Claret qui en fut le concepteur. Dans la montée, la machine allait "à l'allure d'un homme au pas", permettant aux voyageurs de "descendre en cours de route, de cueillir des champignons ou des airelles" (4) puis de rattraper le convoi sans peine.
Cependant, en septembre 1917, les locomotives furent réquisionnées pour le front et le petit train cessa de fonctionner. La ligne fut rétablie en juillet 1923 mais elle disparut définitivement trois ans plus tard, remplacée par une route de macadam pour les automobiles. (4) On annonce pour 2012 la mise en service d'un... train à crémaillère qui réduira considérablement la route actuelle. Ce projet destiné à protéger le site suscite des réactions diverses (5).
Irène évoque aussi un événement qui a réellement eu lieu au sommet du Puy de Dôme le 7 mars 1911. Les frères Michelin avaient décidé de partir à la conquête du ciel. Pour stimuler les progrès de l'aéronautique, ils lancent un concours : un prix - cent mille francs de l'époque (6) - sera offert au premier aviateur qui, non seulement réussira à rallier Paris à Clermont-Ferrand avec un passager en moins de six heures mais, qui, en plus, histoire de pimenter l'exploit fera le tour des flèches de la cathédrale de Clermont et se posera "sans casse", précise le règlement, au sommet... du Puy de Dôme ! C'est ce que réussiront à faire l'aviateur Renaux et son compagnon, Albert Senouque, exactement trois ans après le lancement du pari (7), en se posant, sans dommage (8), au sommet du Puy de Dôme, après cinq heures seulement de vol ! Les cartes postales fixèrent l'événement pour la postérité...


07:44 Publié dans Artiste, Carnet de voyage, Les volcans en font toute une histoire., Livres sur les volcans, Nature, Régions de France, Volcan | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : volcan, volcans, carnets de voyage, carnet de voyage, photo, photos







































Commentaires
merci pour avoir lu ce livre et nous en faire la narration.
Ecrit par : moni | 03 juillet 2009
Quel puits de science, cette Sylvie... On déduit de cet article que quand la colonne monte, c'est qu'on descend... Il fallait y penser.
Les roches qui ont servi à fabriquer le temple de Mercure sont du trachyte (prononcer "traquite") , comme celles du Puy de Dôme... mais du Clierzou, bien plus bas ! parait-il que le lieu étant sacré pour les gallo-romains, impensable de le souiller en le taillant, ils avaient peur de s'attirer les foudres divines : d'où l'expression (sans doute aucun) : avoir les traquettes !
Ecrit par : Patriiiick!!!! | 03 juillet 2009
Ave Patricus ! Merci d'enrichir avec autant de sagacité cette modeste note... et de donner l'origine d'une expression bien connue en Auvergne. C'est d'ailleurs Vercingétorix qui en est le plus célèbre utilisateur quand il a dit à César qui faisait son rigolo à Gergovie : 'Si tu crois que j'ai les traquettes, tu t'goures, mon vieux Jules !"
On connaît la suite...
Ecrit par : Sylvie Chéreau | 03 juillet 2009
La suite oui, mais ce qui précède ?
Archimède, dans son célèbre traité sur les vices sans faim, avoue sa phobie des baignoires : "Euréka, j'ai les traquettes", disait-il des siècles avant Vercingétorix.
Lucy, à son époque, disait plutôt "j'ai les foies", en parlant de ses sentiments vis à vis du tigre à dents de sabre. Et ces Têtes Plates de néanderthaliens utilisaient plutôt le 'j'me fais d'sus", sans doute à l'origine de l'expression "chier des briques" de nos amis québécois, lorsqu'ils voient fondre sur eux l'orignal en folie.
Donc les "traquettes" viennent bien de l'antiquité, et sont liées sans aucun doute au volcanique "trachyte", puisque Archimède a habité au pied de l'Etna (pas très trachytique pour sa part, mais c'est vraiment la seule faille visible de mon raisonnement).
Ecrit par : Patriiiick!!!! | 03 juillet 2009
Je pense que la canicule ne sévit pas qu'en Belgique... Et quand ça tape fort, rien ne vaut mieux qu'un petit coup d'eau gazeuse pour se remettre les idées d'aplomb... car tout le monde sait que "chier des briques" n'est pas une expression québécoise mais totalement belge, le seul pays au monde où l'on naît avec "une brique dans le ventre". Allez, Patricus ton prochain séjour en Hesbaye va te faire du bien !...
Ecrit par : Sylvie Chéreau | 03 juillet 2009
Écrire un commentaire